Mon agence a cessé son activité. Je suis développeur front-end depuis 2008, React/TypeScript depuis cinq ans, et j'étais devenu l'unique référent technique front après le départ de mes deux collègues — jusqu'à ce que la structure s'arrête. Je suis disponible immédiatement, et je cherche un poste. Mais avant de se précipiter, ce moment est aussi une occasion rare : du temps dégagé, sans sprint ni ticket client, pour investir sérieusement dans une compétence que je n'avais jusqu'ici pratiquée qu'en pointillé.
Cette compétence, c'est la maîtrise professionnelle de l'IA — pas son usage superficiel, mais une expertise réelle, au même niveau d'exigence que celui que je mets dans mon métier de développeur.
Pourquoi l'IA, et pas "juste" une techno de plus
Une nouvelle librairie front s'apprend en quelques jours et se périme en quelques années. L'IA est différente : elle change déjà la façon dont le code se produit, se relit, se documente. Rester à un usage de surface — copier-coller des réponses d'un chatbot — revient à ne pas vraiment la maîtriser. Mon objectif est d'en devenir un utilisateur expert, capable de l'intégrer à un vrai flux de travail professionnel, avec la même rigueur que sur n'importe quel projet client.
Le plan de formation
Plutôt qu'une liste de lectures, je préfère structurer cette autoformation autour de cas d'usage concrets — et j'ai la chance d'avoir déjà un terrain d'expérimentation réel : le développement de ce blog (pour commencer j'ai déjà pas mal d'autres idées de petit projet), avec l'aide de Claude Code, m'a servi de premier exercice grandeur réelle.
1. Travailler avec un agent de codage, pas seulement lui parler. Plan mode pour trancher une architecture avant d'écrire une ligne de code, sous-agents pour explorer ou challenger une conception, mémoire persistante d'une session à l'autre, outils connectés (GitHub, Vercel, CI). C'est exactement ce qui vient de se passer ici : avant de coder l'admin de ce blog, on a d'abord comparé CMS headless, base de données et stockage Git — posé et documenté dans l'ADR 0011 — puis seulement construit. Apprendre à utiliser ces outils sérieusement, pas en mode gadget.
2. Le développement assisté par IA avec une vraie discipline de qualité. C'est le point sur lequel je veux être intraitable, parce que c'est aussi ce qui différencie un usage amateur d'un usage professionnel : une décision d'architecture se documente (ADR pour les curieux, toute la documentation du projet est accessible ici: brunoschvartz.dev/docs), un changement reste typecheck/lint/build clean avant tout commit, une PR traite un seul sujet, la documentation suit le code plutôt que de prendre du retard. Sur ce blog : 5 PRs séparées (architecture, modèle de contenu, authentification, éditeur, pages publiques), une CI qui bloque la mise en prod si un check échoue, deux ADR écrites en cours de route. Rien d'exceptionnel en soi — c'est juste la même rigueur qu'un projet client, appliquée avec l'IA comme collaborateur plutôt que comme simple générateur de texte.
3. Comprendre les protocoles qui connectent les agents aux outils. MCP (Model Context Protocol) en particulier : c'est littéralement ce qui a permis à l'agent de consulter les déploiements Vercel ou d'interagir avec GitHub pendant qu'on construisait ce blog. Comprendre ce qui se passe sous le capot plutôt que de rester utilisateur passif d'une intégration.
4. Construire des fonctionnalités IA, pas seulement les consommer. Function calling, sorties structurées, RAG, évaluation de la qualité d'une réponse générée — le sujet naturel à creuser ensuite pour un développeur React/Next.js est le Vercel AI SDK : il permet d'intégrer ces capacités directement dans mes propres applications, dans un stack que je maîtrise déjà.
5. Garder l'esprit critique. Savoir quand un résultat généré doit être vérifié, challengé, ou rejeté. Le choix du stockage Git plutôt qu'une base de données pour ce blog, par exemple, n'était pas la suggestion par défaut — c'est une décision qu'on a comparée et tranchée ensemble, sur la base du contexte réel du projet (site perso, usage unique, coût nul souhaité). L'IA propose, mais la décision reste humaine.
Le terrain de jeu technique
En parallèle de l'IA elle-même, je veux profiter de ce temps pour tester en profondeur des briques que je n'ai utilisées qu'en surface ou jamais :
- shadcn/ui, Radix UI, Tailwind — ce site utilise déjà Tailwind et un pattern de variantes
typées (
class-variance-authority) très proche de l'esprit shadcn/ui. L'étape naturelle est de pousser ça plus loin sur un vrai projet d'admin ou de dashboard. - Zod — la validation des données reste aujourd'hui assez artisanale dans l'éditeur
d'articles de ce blog (
app/admin/posts/actions.ts) : un excellent premier terrain d'essai concret pour une validation typée de bout en bout. - Supabase, Neon — déjà évalués en amont de ce blog comme alternatives possibles au stockage Git (voir l'ADR 0011), mais jamais mis en œuvre pour de vrai. L'occasion de les pratiquer sur un prochain projet où une vraie base de données a du sens.
Quelques pistes supplémentaires que je veux explorer, dans la continuité directe de ces choix :
- Drizzle ou Prisma — l'ORM typé qui complète naturellement Supabase/Neon et s'articule bien avec Zod.
- Vercel AI SDK — déjà mentionné plus haut, le pont naturel entre mon stack React/Next.js et la construction de vraies fonctionnalités IA.
- Serveurs MCP personnalisés — écrire mon propre serveur MCP serait un excellent exercice pratique pour comprendre ce protocole de l'intérieur plutôt qu'en spectateur.
Une démarche, pas juste une liste de technos
Ce qui compte pour moi n'est pas de cocher une liste de librairies, mais de prouver — à moi-même d'abord, à un futur employeur ensuite — qu'on peut aller vite avec l'IA sans sacrifier la qualité : des décisions documentées, un code qui passe les mêmes vérifications qu'en entreprise, une discipline de commits et de revue. Ce blog, sa propre construction, et les articles qui vont suivre, sont la preuve par l'exemple de cette démarche.
La suite : un article plus technique sur l'ADR 0011 elle-même, et sans doute un autre sur mes premiers pas avec le Vercel AI SDK.